Nouvelles d’Alexandre au Japon

ACE • Publié le dim. 25 Jan 2026

L’expérience d’apprendre le japonais ici à Tokyo, est très différente de celle que j’ai eue à Paris
depuis le mois de septembre 2025. En effet, le fait de pouvoir parler, entendre, et lire du japonais
tous les jours, permet d’acquérir plus facilement des automatismes, que ce soit à l’écrit ou à
l’oral.
Cependant, contrairement à d’autres pays d’Asie dans lesquels les occasions de discuter avec
les locaux ne manquent pas, au Japon, c’est un peu l’inverse. Le japonais craint toujours de
déranger l’autre, et encore plus lorsqu’il s’agit d’un étranger, dont il ne parle pas la langue.
C’est pourquoi, de leur propre initiative, les Japonais n’entament presque jamais une discussion
avec une personne qu’ils ne connaissent pas.
Cet aspect de la culture japonaise est un défi supplémentaire pour les personnes qui apprennent
le japonais, puisqu’elles ne peuvent pas toujours le parler autant qu’elles le voudraient.
De plus, avec la multiplication des écrans et des services automatisés, au Japon, il est possible
de passer plusieurs jours, et de faire toutes ses activités, sans parler à une seule personne.
Cela signifie que pour pratiquer la langue, et progresser à l’oral, l’étudiant en japonais doit créer
lui-même des opportunités pour interagir et discuter avec les Japonais. J’ai donc trouvé
quelques astuces. Tout d’abord, lorsque je vais dans une boutique, je demande presque
systématiquement de l’aide à un vendeur, même quand je n’en ai pas vraiment besoin. Ainsi, je
peux non seulement parler, mais aussi, travailler ma compréhension orale.
Ensuite, après mes repas au réfectoire de la Maison Saint Pierre, je remercie toujours
chaleureusement les employés qui ont préparé le repas, et je les complimente sur leur cuisine.
Parfois, ils discutent volontiers avec moi pendant de longues minutes. Ils m’expliquent plein de
choses sur la cuisine japonaise, me parlent de leur famille, me conseillent sur les lieux à visiter
etc.
Enfin, il y a aussi un supermarché dans le quartier dans lequel je vais presque tous les jours.
Même si je sais que cela ne se fait pas vraiment au Japon, je joue la carte du Gaikokujin, c’est
à-dire la carte de l’étranger. En entrant, je salue toujours à haute voix, et avec un grand sourire,
les employés de ce supermarché que je croise régulièrement quand je viens faire mes courses.
La semaine dernière, l’un d’entre eux a commencé à me reconnaitre, et à me saluer également.
Depuis cette semaine, on s’échange aussi quelques formules de politesse, et probablement que
nous pourrons bientôt avoir de courtes discussions ensemble.
Bref, en faisant quelques efforts pour aller vers eux, il est possible d’avoir quotidiennement des
petits échanges avec des Japonais.
En revanche, se faire des amis japonais est un défi d’un tout autre niveau. Il me semble que la
société japonaise fonctionne par « groupes d’appartenance ». Chaque individu appartient à un
ou plusieurs « groupes » : son université, son équipe de travail, l’association dont il est membre,
sa paroisse s’il est chrétien etc. Ce sont dans ces « groupes », qu’une personne peut faire des
rencontres, et construire des amitiés plus ou moins durables.
Le problème du missionnaire MEP qui arrive au Japon, est qu’il n’appartient à aucun « groupe
local », puisqu’il n’exerce aucun ministère avec les Japonais. Et le groupe auquel il appartient
dans le cadre de son apprentissage de la langue est composé presqu’exclusivement d’étrangers.
C’est pourquoi, j’ai décidé de commencer la pratique d’une activité sportive japonaise, le Judo,
le mois prochain. En rejoignant un club, je ferai partie du « groupe » de ce club, ce qui me
permettra de côtoyer des japonais, et de nouer des relations.

vécu à l’étranger et appris la langue de ce pays, vous avez peut-être déjà eu une expérience
similaire. Parfois connaitre le sens des mots n’est pas suffisant pour appréhender une situation.
Il faut aussi comprendre la façon de faire des locaux.
La deuxième semaine après mon arrivée au Japon, je me suis rendu dans une boutique pour
acheter quelque chose, et ce jour-là, en plus des caisses automatiques, il y en avait une qui était
tenue par une personne. J’ai donc décidé d’aller à cette caisse là pour avoir une occasion de
parler en japonais. Ce que j’avais acheté coûtait un peu plus de 1000 yens. Comme je n’avais
plus assez de petites monnaies, j’ai tendu deux billets de 1000 yens, soit 2000 yens, au caissier.
Celui-ci m’a dit : « 2000 yens de, yoroshii desu ka ? », ce qui pourrait se traduire, de manière
littérale, par « 2000 yens, est-ce que c’est bon pour vous ? ».
Je ne comprenais pas pourquoi il me posait cette question, puisque j’avais donné suffisamment
d’argent pour payer mon achat. Donc, dans un premier temps, j’ai vérifié une deuxième fois
que j’avais bien lu le prix de mon article, ainsi que la somme d’argent que je lui avais donné.
Je n’avais pas fait d’erreur. Alors, je lui ai répondu en pointant du doigt les deux billets qu’il
tenait toujours entre ses mains : « Hai ! 2000 yen desu ! », « Oui ! C’est bien 2000 yens ! ».
Ensuite, il a commencé à me répéter deux ou trois fois la même chose de plus en plus lentement :
« 2000 yens ! yoroshii desu ka ? ». Moi aussi, je lui ai répété à chaque fois ma réponse : « Hai !
2000 yen desu ! ».
Finalement, le caissier a fini par me demander en anglais si je l’autorisais à encaisser les 2000
yens. À ce moment, j’ai (enfin) compris qu’au Japon, lorsque l’on donne de l’argent à un
commerçant, celui-ci demande parfois au client de confirmer qu’il veut réellement payer avec
cette somme-là. Il est possible que ce soit pour lui laisser une chance de compter et de se
débarrasser de ses petites pièces, par exemple.
Si un jour vous venez au Japon, ne soyez donc pas surpris si un commerçant n’encaisse pas
automatiquement l’argent que vous lui donnez ! S’il vous demande s’il peut encaisser la somme
que vous lui avez donnée, répondez-lui simplement : « Hai ! Onegai shimasu ».

Dans la mesure où dès mon arrivée au Japon, j’ai été pris avec les démarches administratives,
et mes cours de japonais, je n’ai pas encore eu le temps de faire beaucoup de visites. Néanmoins,
chaque dimanche, je vais dans un quartier de Tokyo différent pour participer à la messe
dominicale. Cela me permet non seulement de découvrir de nouveaux endroits, mais aussi de
me faire connaitre des prêtres et des fidèles de ce diocèse dans lequel je suis accueilli
aujourd’hui.


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